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French report 1998
1- En préambule : Une réflexion statistique qui s'approfondit et se régionalise Pendant longtemps les services ont été le "parent pauvre" des analyses statistiques des organismes officiels et, notamment, de l'INSEE. Toutefois, ce retard commence à être comblé et les données sur les services commencent à se rapprocher de la qualité et de la densité de l'appareil statistique construit pour l'industrie. On dispose maintenant de publications régulières sur les données macro-économiques, sur les entreprises, sur la conjoncture et sur les échanges de services (INSEE, 1997 a, b, c, d, e et INSEE-Banque de France, 1997). Par ailleurs, outre ses publications régulières, l'INSEE a engagé en 1996 une réflexion sur les "réseaux d'entreprises" (INSEE, 1997 g) qui a donné lieu à un travail spécifique de repérage dans les secteurs de la comptabilité et du conseil (INSEE, 1997 f). Le second point à souligner, qui
est lui plus récent, est l'intérêt
développé par un certain nombre d'instances locales ou
régionales (Régions, Chambres de commerce et d'industrie)
pour disposer de données précises sur les
activités de services. Ainsi, la CCI de Lille-Roubaix-Tourcoing
publie régulièrement chaque année, depuis
maintenant plusieurs années, un guide des services aux
entreprises et celle de Bordeaux s'est engagée, en liaison avec
le Conseil régional d'Aquitaine, dans une démarche
analogue depuis 1996 ; la CCI Régionale de Rhône-Alpes,
pour sa part, a réalisé, en liaison avec l'INSEE, une
analyse statistique de l'ensemble des services sur cette région.
Au-delà de ce souci de repérage, certaines instances
régionales se sont engagées dans le financement de
travaux visant à analyser le rôle et l'impact des services
dans le développement économique local ou régional
; c'est le cas dans le Nord-Pas de Calais, (Gallouj C., 1997 a et b)
mais aussi en Rhône-Alpes où un programme sur ce
thème associant recherche et séminaire de
réflexion est actuellement en cours. La CCI de Haute - Garonne
se caractérise quant à elle par l'importance de ses
réflexions sectorielles (conseils, multimédia, banque)
qui combinent repérages quantitatifs et qualitatifs.
Les travaux relevant de l'économie des services s'inscrivent dans deux grands types d'approches : celles qui sont focalisées sur les activités de services et leurs spécificités ; celles qui s'interrogent sur les transformations d'ensemble de l'économie portées ou révélées par le développement des services. a) L'économie des services s'est beaucoup construite en mettant en avant les spécificités des services et la difficulté d'en analyser le développement et la dynamique à partir des outils élaborés pour comprendre l'industrie. Les principales spécificités mises en lumière concernent : les particularités de la production des services autour des concepts de relation de service et de coproduction ; les formes de construction du marché et de régulation de la concurrence laquelle ne s'opère pas seulement par les prix ; les caractéristiques de l'innovation, celles-ci ne se réduisant pas à des dimensions technologiques et faisant intervenir des dimensions immatérielles et organisationnelles ; les questions de définition et de mesure de la productivité. La recension des articles effectuée au sein du RESER en 1996 (Bonamy, 1997) soulignait l'importance et l'apport de la recherche sur ces questions - et la façon dont elle permet de remettre en cause certaines représentations courantes des activités de service et de l'économie. Cette orientation de recherche s'est maintenue en 1997 (cf. notamment Gallouj C. 1997 c ; Gallouj C et Gallouj F., 1997 ; Gallouj F., 1997 ; Gallouj F. et Weinstein, 1997 ; Gallouj F, Gallouj C. , Djellal, 1997 ; Gallouj F, Djellal et Gallouj C., 1997 ; Jougleux 1997 ; Bensahel, 1997a ; Tannery, 1997 ; Hatchuel et Pallez, 1997 ; Laurent, 1997 ; Natowicz, 1997 a ; Le Roy, 1997 b). Pour l'essentiel, les travaux menés en 1997 sur ces questions s'inscrivent dans les perspectives analysées par J. Bonamy et n'appellent donc pas de commentaire particulier. Deux évolutions nous semblent cependant devoir être soulignées. La première, sensible dans plusieurs travaux, (cf. notamment le dossier du n° 113 de la Revue Française de Gestion intitulé "Des services au service" et plus particulièrement les contributions de Gadrey, de Bancel-Charensol et Jougleux et de Gallouj C et Gallouj F) traduit le souci de dépasser l'affirmation de la spécificité des services pour s'interroger sur l'existence de différents modèles de services. Deux orientations sont proposées en ce sens (clairement explicitées dans Gadrey, 1997 b) : prendre en compte, au-delà de la relation de service comme concept typologique, la diversité des relations de services pour caractériser des modèles distincts des relations de services ; différencier les services à partir de la façon dont ils articulent des dispositifs technologiques et des dispositifs humains (ce que Gadrey appelle, en référence à Marx, leur "composition organique") ; cette perspective nous parait d'autant plus importante que les analyses ont souvent, en France, privilégié la composante relationnelle ou immatérielle des services (sans doute parce que c'est elle qui permettait de spécifier les services par rapport à l'industrie). Corrélativement, elles ont quelque peu négligé le fait que bon nombre de ces activités s'appuient sur de systèmes matériels et techniques lourds (et sans doute de plus en plus lourds) qui exigent une importante accumulation matérielle. Le second point concerne le développement (juste amorcé l'an dernier) d'une réflexion sur les services de proximité qui sort de la vision "classique" de ces activités comme des "petits boulots", financés par des prestations et visant principalement à réduire le chômage. Portées notamment par des initiatives régionales ("Assises régionales pour l'emploi et le travail" dans le Nord-Pas de Calais, Conférence "Premières journées de la proximité" à Lyon), les réflexions ont porté sur les conditions de construction d'une offre et d'un marché en la matière - ceci conduisant certains auteurs à envisager des services habituellement non considérés comme relevant des services de proximité (par exemple des services liés à la réparation ou à la fabrication de biens domestiques, cf. Barcet (dir.), 1997 ; Barcet et Bonamy, 1997 a et b; Barcet, Bonamy et Laurent, 1997) - mais aussi sur des questions de professionnalisation de certains métiers sociaux (Causse, Fournier et Labruyère, 1997), voire de certification ou de régulation d'un marché avec des offres concurrentes. Reste que le débat sur les possibilités de construire réellement des qualifications en ce domaine est loin d'être clos, surtout lorsqu'il s'agit des services à la personne (Fargeot, 1997 ; Piketty, 1997) et que, compte tenu du poids très important des formes d'emplois "atypiques" dans ce domaine, les interrogations restent fortes sur les risques de dualisation entre un secteur social pour les pauvres et à emplois précaires et le développement d'un secteur marchand qualifié et professionnalisé mais réservé à ceux qui peuvent payer. b) La réflexion sur l'économie des services "déborde" à bien des égard le secteur des services. L'usage de termes comme économie servicielle, économie informationnelle ou encore économie des connaissances exprime ce point de vue selon lequel l'importance des services ne tient pas seulement à leur poids statistique dans l'économie ou dans l'emploi, mais traduit une transformation plus globale des formes de production et de l'organisation économique, ce qui débouche sur des interrogations sur la valeur et la productivité qui dépassent les seuls secteurs de services. L'entrée par les services permet ainsi de déboucher sur des analyses plus larges des transformations de l'organisation productive dans son ensemble, ceci non seulement parce qu'ils contribuent, en tant que tels, à l'efficacité de cette organisation (Barcet, Bonamy, 1998), ou parce que , de plus en plus, les "produits" sont des combinaisons de produits et de services (Furrer, 1997 ; Lapassousse-Madrid, 1997), mais plus encore parce que certaines spécificités mises en lumière à partir de l'analyse des services - et plus particulièrement le rôle décisif des dimensions relationnelles et de coproduction - se révèlent aujourd'hui constituer des caractéristiques plus générales permettant de qualifier les mutations productives et organisationnelles en cours (cf. notamment l'ouvrage collectif sous la direction de Reboud (1997) qui montre, sur la base d'analyses concrètes, comment le concept de relation de service peut constituer un analyseur des mutations économiques et organisationnelles en cours, et cela bien au-delà des seules activités de services). De même les réflexions sur les problèmes que posent, compte tenu de leurs caractéristiques, la définition et la mesure de la productivité dans les services (voir sur ce point le rapport de l'année dernière) débouchent sur des interrogations macro-économiques plus larges : ne faut-il pas interpréter le ralentissement de la croissance et des gains de productivité du travail autant sinon plus comme l'effet de l'incapacité des outils et méthodes actuels, voire des concepts, à qualifier et mesurer ce qu'est réellement la productivité dans les services et, plus généralement, dans une économie servicielle ? Comment, alors, reconstruire des instruments d'analyse et de mesure, notamment autour de la notion d'évaluation multicritères. Ce qui est en jeu apparaît bien un changement de paradigme (d'où les termes d'économie servicielle, informationnelle ou des connaissances...) qui conduit, parce qu'il met en jeu les concepts clefs de la science économique actuelle (productivité et lien productivité/emploi, mais aussi produit, valeur, richesse...) à réinterroger celle-ci dans ses fondements (Gadrey, 1997 c ; Bensahel, 1997 b ; de Bandt, 1997 a et b ; Bancel-Charensol et Jougleux, 1997 b ; Delaunay, 1997b). Les réflexions autour des
transformations du lien d'emploi, déjà mentionnées
l'an dernier et qui se sont approfondies cette année,
s'inscrivent dans cette même perspective d'un changement de
paradigme économique. Les tensions entre contrat salarial et
contrat commercial et l'apparition, notamment dans les services, de
formes hybrides entre les deux apparaissent révélatrices,
au-delà des seules stratégies patronales de
réduction de coûts du travail, des limites
rencontrées, du fait même des transformations du travail
et des qualités qui y sont requises, du contrat salarial dans sa
forme actuelle. Reste que, comme le rapport de l'an dernier le
soulignait déjà, faute notamment d'une réflexion
qui permettrait de refonder le contrat salarial et de reconstruire des
garanties collectives, ces tensions se traduisent aujourd'hui par un
accroissement des formes dites "atypiques" d'emploi, avec tout ce
qu'elles impliquent en termes de précarisation, de fragilisation
des salariés (ou des indépendants qui sont souvent de
"faux indépendants") (Bonamy et May, 1997 a et b; Dupuy et
Larré, 1997 ; Morin, (dir)., 1997).
3- services et espace : de la localisation à la dynamique urbaine Alors que la question de la distribution intraurbaine des services (avec le débat sur les edges-cities) et celle de leur répartition régionale ont longtemps dominé les réflexions en la matière, les travaux récents s'intéressent plus aux relations entre le développement des activités de services et les dynamiques urbaines. D'un coté, un certain nombre de publications analysent la contribution des services aux entreprises à la croissance et au développement économiques des villes et la façon dont ils contribuent aux processus de métropolisation (Gallouj C., 1997 a et b ; Léo et Philippe, 1997 a et b, 1998 ; Jouvaud 1997 a, b, c, d) ; d'un autre coté et, pourrait-on dire, parallèlement, d'autres publications tentent, elles, de préciser et de qualifier ce que la ville "apporte" aux services et en quoi elle contribue à leur développement ; les travaux mettent ainsi en lumière l'existence de milieux professionnels urbains et l'importance des réseaux relationnels construits localement et soulignent aussi l'enjeu que constitue pour ces activités, notamment en termes de construction du marché, leur inscription dans l'espace institutionnel et politique de leur agglomération d'implantation (Tabariés 1997 ; May 1997 a et b ; Delaunay, 1997 c ; Thomas, 1997). En dépit de leur diversité, toutes ces analyse convergent pour souligner l'importance des services aux entreprises dans le développement économique urbain en même temps que leur relatif ancrage territorial. Ils viennent donc à l'encontre de deux idées "reçues" : celle qui définissait les services comme des activités induites, dépendantes du développement des autres secteurs de l'économie ; celle des services comme des activités foot loose (parce que ne requérant pas d'immobilisations importantes) et donc susceptibles de se "délocaliser" à tout moment. L'analyse de pôles
périphériques liés à la grande distribution
et de leur inscription dans le réorganisations urbaines (Vannier
et alii, 1997) apporte un contrepoint intéressant aux analyses
précédentes (qui portent sur les services aux
entreprises) en nous donnant à voir, en quelque sorte, un autre
visage de la métropolisation portée par le
développement des services : des pôles
périphériques d'emplois peu qualifiés,
marqués par la mobilité à la fois en termes
d'activités (ouverture et fermeture de magasins) et de main
d'oeuvre (emplois précaire, forte rotation, CDD, etc.) et qui
participent des - et contribuent aux - réorganisations
d'ensemble du marché du travail de grandes agglomérations
à travers le développement de la mobilité et de la
précarisation du travail. Cette recherche nous montre que, si
l'on veut comprendre le rôle des services dans les
réorganisations urbaines et dans les dynamiques
économiques et de l'emploi dans les villes, il est certainement
insuffisant de se limiter aux seuls services aux entreprises et qu'il
conviendrait d'élargir les analyses à d'autres
activités de services, moins qualifiées, moins "nobles",
mais sans doute tout aussi structurantes...
4- Le(s) service(s) public(s) en débat La question du et des service(s) public(s) constitue en France depuis plusieurs années à la fois un thème important de recherche et un enjeu central du débat politique - ce dont témoigne le nombre élevé des rapports officiels publiés sur cette question, même si l'on se limite aux 2 ou 3 dernières années. Les recherches en la matière s'inscrivent dans deux orientations problématiques différentes ; la première, structurée autour du débat public/privé, concerne essentiellement les services publics industriels et commerciaux et, plus particulièrement les services en réseau (transports, télécom, énergie..) et porte sur des questions de gestion, d'organisation et de régulation de ces services ; la seconde aborde la question du service public en quelque sorte par "en bas", c'est-à-dire par l'analyse du travail des agents au contact avec les usagers et porte autant sur des services administratifs ou bureaucratiques que sur des services "privatisables". a) Dynamique apparemment irrépressible et relayée par diverses dispositions liées à la construction européenne, le mouvement de déréglementation et d'ouverture à la concurrence de services publics a suscité - et suscite encore - en France de très vives controverses engageant les pouvoirs publics, les entreprises, publiques et privées, concernées et les chercheurs. Il s'agit d'un domaine qui touche autant au droit et aux conceptions de la justice sociale et de la citoyenneté qu'à simplement des considérations d'efficacité économique ou managériale, et qui fait donc appel à des critères de jugement - et ceci se marque dans les analyses, celles-ci se situant souvent autant sur un registre évaluatif, prescriptif ou normatif que sur des dimensions simplement analytiques ou descriptives. On constate cependant une évolution des regards et des analyses par rapport aux travaux du début des années 90 qui étaient surtout centrés sur la défense du "service public à la française". Cette évolution est sensible dans les travaux comparatifs entre différents pays européens : l'enjeu est y désormais moins de mettre en avant le "modèle français" et son irréductibilité que de rechercher, à travers une analyse fine des différentes modalités institutionnelles, économiques et juridiques à travers lesquelles d'autres pays ont organisé et régulé des activités reconnues comme ne pouvant relever de la seule sphère marchande, quels sont les espaces possibles de convergence et ce que pourrait être un service public européen (Jeannot et Quin, 1997 ; Stoffaes, 1997 ; Bauby, 1997 a et b). Cette évolution des regards et des perspectives se retrouve aussi dans les analyses des transformations du secteur public et des raisons qui permettent de les expliquer. Ainsi, O. Coutard (1997) montre que le mouvement actuel de déréglementation s'inscrit dans un faisceau de causalités où les dimensions technologiques mais aussi les évolutions sociales et sociétales ont autant de place que les facteurs politiques, idéologiques ou réglementaires. Les évolutions du service public en France ne sont plus analysées comme le seul résultat de mesures imposées par la construction européenne, mais aussi comme l'éclatement d'un modèle historiquement daté, qui traduit une crise interne, liée au évolutions de l'État et de ses formes de légitimation. D'une certaine façon, on pourrait dire que le débat et les analyses se dégagent d'une conception substantialiste caractéristique de la notion française de service public (Coing, 1997) et construite sur l'opposition privé/public et sur l'association service public/secteur public, pour analyser concrètement les nouvelles formes d'organisation, de gestion ou de régulation qui se sont mises en place ou se mettent en place dans différents services publics (notamment le triptyque pouvoir public/instance de régulation/opérateur privé ou public) et pour s'interroger sur leurs capacités à assurer les missions de service public qui leur sont dévolues Ainsi, ce sont les termes du débat privé/public qui se déplacent : fondé sur des analyses qui mettent en lumière tout à la fois l'impossibilité de maintenir en l'état le modèle de service public dont nous avons hérité et les limites d'un alignement de la gestion du public sur le privé, c'est désormais moins en termes d'opposition que de "métissage" ou d'hybridation entre les deux qu'est posé le débat. Non que les tensions entre des préoccupations en termes d'efficacité économique et la prise en compte des enjeux de justice sociale et de citoyenneté aient disparues ; mais les réflexions, désormais appuyées sur des analyses concrètes plus que sur des affirmations de doctrine, s'attachent à trouver des chemins pour les articuler (cf. notamment le numéro spécial de la Revue Française de Gestion "Privé-Public" et plus particulièrement les contributions de Louart et de Chevallier). Il est clair que, pour une part, ces évolutions tiennent à la mise en oeuvre des directives européennes dans un certain nombre de secteurs (télécom, SNCF...) - ceci ne pouvant que conduire à privilégier, plutôt que les débats de doctrine, l'analyse des réorganisations dans lesquelles sont de fait désormais engagées un certain nombre d'entreprises de service public. Pour autant, cette évolution tient aussi, comme le soulignent certaines analyses, à une évolution des positions européennes allant dans le sens d'un élargissement de la notion de service universel - évolution dont témoignent tant la communication du 11 septembre 1996 de la Commission européenne (qui propose de s'appuyer sur les notions de missions et de services d'intérêt général comme traits constitutifs de la construction européenne, au-delà de la notion de service universel) que certaines dispositions du Traité d'Amsterdam (Saussois, 1997 ; Bauby, 1997a). Et comme le montre J. Gadrey (1997d) dans une analyse fine des secteurs des télécommunications et de la Poste, la notion de service d'intérêt général ne correspond pas à une extension de la définition des "services de base" formant le service universel, mais à la prise en compte d'autres règles et obligations qui sont relatives au bien public et qui renvoient à des missions autant sociales que simplement économiques. Le débat, dont les enjeux sont autant politiques que scientifiques, ne se résume donc pas à la reconnaissance de "la fin de l'exception française" et il est certainement loin d'être clos.
- le développement au sein tant
de diverses administrations de l'État et de collectivités
locales (le Commissariat Général du Plan, le Plan urbain,
La Poste, la CNAF, des organismes de gestion de HLM...) que
d'entreprises publiques de service public (la RATP, EDF,
France-Telecom...) d'interrogations relatives à l'usager et
à sa place dans leurs propres logiques de
réorganisations, interrogations qui ont donné lieu au
financements de nombreux programmes de recherches et d'études ;
Les premières approches de la modernisation par l'usager, focalisées sur la "relation de guichet", ont mis en évidence certaines caractéristiques du travail et des compétences des agents jusque là peu ou non analysées (notamment le fait que le fait que ce travail, loin de se limiter à l'application de normes ou de règles, laisse à l'agent des marges de manoeuvre et d'interprétation et que celles-ci font appel à des catégories de jugement) ainsi que la diversité des registres d'interactions et le fait que celles-ci ne se réduisent pas aux dimension fonctionnelles ou informationnelles directement liées à la production de la prestation. Elles ont aussi, en quelques sorte, fait émerger l'usager comme individu actif, doté de compétences et participant de la production de la prestation, c'est-à-dire une catégorie très différente de celle de l'administré ou de l'ayant-droit. Les publications les plus
récentes traduisent cependant un élargissement des
analyses par rapport à ces premières approches qui
"isolaient" en quelque sorte la relation de guichet. Il s'agit à
la fois de réinscrire la relation et le travail des agents dans
les contraintes organisationnelles et institutionnelles qui participent
de leur production et d'analyser la relation, au-delà du rapport
agent/usager, comme un rapport social engageant des individus sociaux
ayant leurs expériences propres. Ces travaux qui
"recontextualisent" la relation font apparaître les
contradictions auxquelles sont aujourd'hui de plus en plus
confrontés les agents dans leurs relations aux différents
publics et permettent de comprendre comment ces relations peuvent
produire de la cohésion sociale (le guichet des services sociaux
est, pour les publics précarisés, "l'un des derniers
lieux où l'on parle", Dubois, 1996), mais aussi de la
méfiance, du rejet ou de l'insécurité. Cette
évolution des problématiques scientifiques conduit
à s'interroger sur les limites de l'approche par l'usager comme
perspective de transformation de l'administration et des services
publics dans un contexte marqué, par ailleurs, par les
mouvements de privatisation, la remise en cause de la frontière
privé/public et, corrélativement, le développement
d'incertitudes croissantes sur la notion même de services public
c'est-à-dire aussi sur ce que sont, pour les agents, leurs
missions de services publics. En termes scientifiques, elle conduit
à établir des passerelles entre les deux approches des
services publics, à la fois parce qu'elle permet de
référer le travail des agents, leurs relations aux
usagers et les effets de celles-ci aux réorganisations en cours
dans un certain nombre d'entreprises ou d'administrations et parce
qu'elle conduit, parallèlement, à s'interroger sur la
façon dont des services privatisés ou privatisables
pourront assurer ces missions de cohésion sociale qui
excèdent la simple délivrance d'une prestation (cf.
notamment les différentes publications de Macé en 1997 ;
Strobel, 1997 ; Gadrey, Ghillebaert et Gallouj F., 199 a et b).
5- Pour conclure : lacunes des travaux et limites de l'analyse L'analyse des publications
récentes fait apparaître, à notre sens, trois
lacunes importantes.
La faiblesse, pour ne pas dire l'absence, de travaux analysant le travail et son organisation dans les diverses activités de services, dès lors qu'il ne s'agit pas de ce qui s'effectue en relation ou au contact avec l'usager. La seule référence en la matière est celle de M C Monnoyer (1997 b) Si on peut expliquer cette centration sur le travail relationnel (c'est lui qui spécifie les activités de services), reste qu'il est loin d'être de couvrir l'ensemble du champs. Comme on le mentionnait précédemment, la production des services s'articule sur des dispositifs techniques et matériels de plus en plus lourds - et ceci ne saurait être sans effet tant sur l'organisation du travail dans ces activités que sur le type de compétences qu'il requiert et ne parait pas réductible aux analyses classiques en termes d'opposition front office/back office. Dans un autre ordre d'idée, le récit que nous donne Philonenko de son travail de magasinier puis de chef de rayon adjoint dans la grande distribution (Philonenko et Guienne, 1997) montre tout l'intérêt qu'il y aurait à se pencher plus en détail sur le travail "invisible" des services et sur les formes spécifiques de contraintes et d'imposition qui s'y développent. Enfin, la question de l'externalisation nous semble devoir être reprise dans la mesure où il semble bien que l'on assiste aujourd'hui non seulement à un élargissement des domaines dans lesquels elle intervient mais surtout à une transformation assez radicale de ses modalités, avec le développement de l'externalisation par grandes fonctions dans leur totalité et confiées à un seul prestataire, un peu à l'image de ce qui s'est joué dans la sous-traitance industrielle (c'est la cas non seulement de la fonction informatique avec le développement sensible de l'infogérance, mais aussi des fonctions financières et administratives - cf. Les Échos du 3-11-97- ou encore de la gestion immobilière). Enfin, on ne saurait conclure cette recension sans mentionner l'existence de très nombreux travaux qui, bien que portant sur des activités de services, ne se pensent pas comme tels parce que la catégorie "services", issue de l'analyse économique, ne constitue pas pour eux un principe d'analyse et une modalité de découpage du réel. L'éducation, la santé, mais aussi les loisirs, le tourisme, les formes de consommation - et d'une façon plus large tout ce que recouvre la catégorie "services aux ménages" dans une approche économique- constituent, certes, des activités de services, mais ce sont aussi - et peut-être d'abord - des champs de pratiques sociales, c'est-à-dire de pratiques à la fois socialement construites et socialement différenciées et qui participent à la fois de la structuration et de la différenciation des modes de vie et de la reproduction sociale. Il n'était guère possible d'inclure ces travaux dans le cadre de cette recension bibliographique car ils renvoient à des domaines aussi vastes que la sociologie et les sciences de l'éducation, la sociologie des loisirs, l'analyse des modes de vie et des formes d la quotidienneté, la sociologie de la santé..., et excèdent largement une "entrée" par la catégorie "services". Pour autant, on peut se demander s'il ne conviendrait pas d'inclure ces perspectives d'analyses dans les réflexions du RESER : peut-on réellement s'interroger sur le développement des services et envisager l'hypothèse que nous allons vers une société servicielle sans prendre en compte quelles pratiques sociales engagent ces différentes "activités de services", la façon dont elles sont produites et dont elles participent de la reproduction et de la transformation des rapports sociaux et des différenciations sociales ? Nicole May
Wednesday April 21, 2004
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