Rapport français
L’innovation dans et par les services
Rapport sur de récentes publications en France
Faridah Djellal, Faïz
Gallouj, Camal Gallouj
Clersé, Ifrési, Université de Lille1
Introduction
Les nouvelles technologies et les services
La productivité dans les services et le paradoxe de Solow
NTIC, nouvelles formes d’interactivité, nouveaux espaces
NTIC, nouvelles organisations et production de nouvelles prestations
La “ nouvelle économie ” : une économie
des NTIC, des services et des problèmes de mesure
Spécificités de la forme et de la nature de l’innovation
Analyses morphologiques
Analyses dynamiques
Spécificités de la dynamique de la régulation
économique et de l’intervention publique
Spécificités des modes d’organisation et de
gestion de l’innovation
L’intégration des biens et des services dans le traitement
de la problématique de l’innovation
Un brouillage des frontières sectorielles
Une construction théorique de l’intégration
Le rôle des services dans l’innovation de leur client
Le rôle des services dans l’innovation de leur client
Les SIC et les activités informationnelles comme machines
à traiter de la connaissance
Les indicateurs de l’innovation
Conclusion
Bibliography
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Introduction
La question de l’innovation dans les services est longtemps restée
enfermée dans ce que les théoriciens de l’organisation appellent
une “ trappe ” de compétences , le chercheur et en particulier
l’économiste s’évertuant à appliquer les catégories
analytiques disponibles (dont certaines sont institutionnalisées dans
les indicateurs officiels) sans trop se préoccuper de l’adéquation
de ces catégories à une activité économique singulière
par bien des aspects. Malgré l’horizon ouvert par les thèses
schumpeteriennes, dès le début du vingtième siècle,
la théorie économique s’est ainsi développée
en privilégiant l’innovation de process associée à
des systèmes techniques (celle dont pouvait rendre compte le concept
de fonction de production). L’innovation dans les services a ainsi longtemps
été synonyme d’adoption de systèmes techniques d’origine
industrielle par les firmes et les organisations de service, la question centrale
étant celle de l’impact de cette innovation sur des variables économiques
comme la productivité, l’emploi, les qualifications, l’organisation
du travail, l’échange, la qualité.
La sortie de cette « trappe de compétences » est en cours
et un certain nombre de travaux français y contribuent, dont il s’agit
de rendre compte dans cette note, sans prétendre à l’exhaustivité.
Ce « déverrouillage » s’effectue selon au moins cinq
directions ou programmes de recherche étroitement entremêlés
(mais que nous examinons ici séparément pour simplifier) :
_ la complexité des liens entre les nouvelles technologies et les services,
_ les spécificités de l’innovation dans les services,
_ l’intégration des biens et des services dans le traitement de
la problématique de l’innovation,
_ le rôle des services dans l’innovation de leur client,
_ les indicateurs de l’innovation dans les services.
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Les nouvelles technologies et les services
Ce programme de recherche prolonge les approches initiales en termes d’impact
(des NTIC sur les services). Il réexamine certaines questions anciennes
en renouvelant les champs sectoriels d’investigation, les domaines technologiques
envisagés et les perspectives théoriques privilégiées.
Mais un effort nouveau d’endogénéisation des NTIC dans l’économie
des services est également consenti. En effet, les services ne sont plus
simplement envisagés à travers leurs comportements d’adoption
de ces NTIC. Ils peuvent jouer un rôle de plus en plus actif dans leur
production et leur diffusion ; et l’innovation de service apparaît
souvent comme une catégorie hybride associant des NTIC et une activité
d’ingénierie organisationnelle, c’est-à-dire de conception
développement de formules organisationnelles.
Les travaux qui explorent les relations multiples qu’entretiennent les
nouvelles technologies avec les activités de service sont nombreux. Bien
que les objectifs analytiques soient souvent multiples, on peut cependant considérer
que les principales thématiques abordées dans ce programme sont
les suivantes :
_ la diffusion des NTIC : nouveaux modèles, nouveaux terrains,
_ la productivité dans les services et le paradoxe de Solow,
_ les NTIC et la construction de nouvelles formes d’interactivité
et de nouveaux espaces,
_ les NTIC et la production de nouvelles prestations,
_ la nouvelle économie : une économie des NTIC, des services et
des problèmes de mesure.La diffusion des NTIC : nouveaux modèles,
nouveaux terrains
La question de la diffusion des NTIC est, nous l’avons déjà
souligné, une thématique ancienne, qui est renouvelée de
différentes manières. Un certain nombre de travaux (Grenier et
Smida, 2001 ; Fornerino, 2001) sont ainsi consacrés à des études
de cas d’innovations technologiques bien identifiées (Internet,
wap, etc.) dont il s’agit d’établir les spécificités
éventuelles du modèle de diffusion, en tenant compte à
la fois du caractère technologique de l’innovation et de son contenu
en services. D’autres travaux (Djellal, 2000 ; Secrétariat d’Etat
au Tourisme, 2000, 2001) soulignent le caractère « invasif »
de ces NTIC en constatant leur diffusion dans les services traditionnellement
qualifiés de non informationnels (par exemple, les services de nettoyage,
de transport, l’hôtellerie, la restauration …). Les interrogations
portent sur les raisons de cette « invasion » et sur ses conséquences
théoriques. La principale explication invoquée est la complexification
du produit dans des activités traditionnellement orientées vers
le traitement de la matière. On passerait ainsi d’activités
où dominent les fonctions de traitement de biens et de systèmes
techniques à des activités plus complexes où le produit
s’enrichit, à des degrés divers, dans l’espace et
dans le temps, d’opérations de traitement de l’information,
de la connaissance et de la relation… Les conséquences théoriques
envisagées sont par exemple l’apparition d’un paradoxe de
la productivité dans des activités qui semblaient épargnées
jusqu’à présent.
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La productivité dans les services et le paradoxe de Solow
La question de la productivité dans ses relations aux NTIC est elle aussi
loin d’être épuisée. Elle est au centre de plusieurs
contributions, qu’il s’agisse d’évaluer le potentiel
de dynamisme des « économies fondées sur le savoir »
ou de réexaminer la question du paradoxe de Solow dans le cas d’activités
particulières.
Pascal Petit (2002) consacre ainsi une réflexion à l’analyse
du potentiel de croissance et de productivité des économies développée
contemporaines, économies caractérisées à la fois
par un niveau élevé de tertiarisation et des régimes de
croissances appuyées sur les vagues des NTIC. Petit constate que ce potentiel
est important, mais qu’il souffre de nombreuses contraintes et qu’il
est inégalement réparti entre les secteurs et les catégories
sociales. Pour rétablir un certain équilibre, il ne suffit pas
de redistribuer les gains de productivité et les revenus associés,
il faut également opérer d’importants changements au sein
des activités et des groupes « défavorisés ».
Petit examine la manière dont les principaux pays de l’OCDE procèdent
pour « élargir la base de cette nouvelle croissance » et
établir l’avènement de la nouvelle économie fondée
sur la connaissance. Deux éléments relatifs au secteur tertiaire
jouent un rôle important dans cette comparaison : la capacité des
pays à transformer les services sociaux et les services aux ménages,
leur capacité à faire du secteur tertiaire complexe un pôle
d’innovation et de support au changement et à l’innovation.
La question également ancienne du paradoxe de la productivité
(selon lequel les NTIC seraient partout présentes sauf dans les statistiques
de productivité) est évoquée de manière plus ou
moins marginale dans plusieurs publications. Elle est l’objet principal
de certains travaux. Ainsi Horn (2002), en s’intéressant à
la production des logiciels et en examinant une série d’indicateurs
techniques, aboutit au résultat paradoxal selon lequel la productivité
dans les activités de conception des logiciels serait significativement
croissante. Cette croissance s’expliquerait en particulier par la substitution
tendancielle, au cours des vingt dernières années, de l'utilisation
de progiciels (biens intangibles) à l'utilisation de logiciels sur mesure
(activité de services). La sous-estimation de la croissance de la productivité
dans la production des logiciels peut également être expliquée
par le fait qu’elle est beaucoup plus lente que celle de la production
du matériel informatique et qu'elle est donc insuffisante compte tenu
de la très forte croissance des besoins.
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NTIC, nouvelles formes d’interactivité, nouveaux espaces
Si, comme le considère la littérature, l’une des caractéristiques
essentielles des services est l’interactivité de la prestation,
il n’est pas étonnant que de nombreux travaux récents s’intéressent
à la question des conséquences des NTIC sur cette interactivité
et plus généralement sur la question de la proximité et
de l’espace.
Lapassousse-Madrid et Monnoyer-Longé (2000, 2001) ainsi que Monnoyer-Longé
(1999) consacrent ainsi plusieurs publications à l’analyse des
systèmes d’offre électronique. Ces auteurs confortent l’hypothèse
selon laquelle le commerce électronique est une innovation radicale (perçue
comme telle à la fois par l’offre et la demande). Par ailleurs,
cette analyse des systèmes d’offre électronique permet de
mettre en évidence les sources actuelles de leur différenciation,
leurs limites et la manière dont l’élargissement de l’offre
par l’intensification de la dimension servicielle permet d’envisager
une fidélisation potentielle de la clientèle du site. De son côté,
Munos (1999, 2002) analyse les effets (positifs et négatifs) de l’introduction
des NTIC dans les firmes de services (et en particulier en ce qui concerne la
participation du client, la relation de service, le back office…). De
la même manière, Vénard (2001) montre que l’e.bancassurance
passe d’un « modèle transactionnel » (fondé
sur la diminution des coûts de transaction) à un « modèle
relationnel » (centré sur l’innovation dans la relation entre
le bancassureur et son client).
La question de l’interactivité est étroitement liée
à la problématique de la proximité et de l’espace.
La tradition des travaux consacrés aux conséquences des NTIC sur
la dimension spatiale des activités économiques est relativement
ancienne, mais elle est également en phase de renouvellement. Plusieurs
travaux (Aguiléra-Bélanger, 2001 ; Léo et Philippe, 2000;
Le Goff et Dang Nguyen, 2000 ; De Bernardy, 2001 ; Monnoyer-Longe, 2000 ; Lapassousse-Madrid
et Monnoyer-Longe, 2001, 2002 ; Vallery, 2001) continuent d’explorer cette
problématique en en renouvelant soit les champs d’investigation
empiriques (activités nouvelles, espaces locaux, nationaux ou internationaux
nouveaux) soit les thématiques envisagées (les NTIC et les logiques
de localisation intra-métropolitaines des services, l’ergonomie
des services dans le cas des activités à distance, la proximité
virtuelle nationale ou internationale, etc.).
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NTIC, nouvelles organisations et production de nouvelles prestations
Un certain nombre de travaux (Cases et Rouquette, 2000 ; Hamdouch et Samuelides
2002 ; Barcet et Bonamy, 2001 ; Bancel-Charensol 1999) introduisent une rupture
forte avec les travaux plus anciens en termes d’impacts, en examinant
la manière dont les NTIC contribuent à réorganiser les
prestations de service traditionnelles et à générer de
nouvelles prestations. En effet, les NTIC sont à l’origine d’innovations
significatives dans le contenu et l’organisation des prestations de services.
Elles ne concernent pas seulement le back-office et l’amélioration
de la productivité, mais également (thématique sous-estimée)
le front-office et l’articulation de celui-ci avec le back-office. Ainsi
par exemple, Cases et Rouquette (2000) analysent la corrélation existant
entre introduction des NTIC et changements organisationnels et proposent ainsi
une typologie fine des firmes comptables. On retrouve également une problématique
similaire dans un certain nombre de travaux consacrés au développement
des NTIC dans les services de santé et en particulier dans la télémedecine
(Viens-Bitker, 2000 ; Kerlau et Pelletier-Fleury, 2001).
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La “ nouvelle économie ” : une économie des NTIC,
des services et des problèmes de mesure
Cette thématique est présentée ici de manière isolée
bien qu’évidemment elle constitue un programme générique
qui couvre la plupart des thèmes d’ores et déjà évoqués
(et plusieurs de ceux que nous évoquerons dans la suite de cette note).
En effet, la nouvelle économie est une économie des NTIC, des
services et des problèmes de mesure. Depuis la fin de l'année
1999 en France, et depuis 1997 aux Etats-Unis, un discours médiatique,
largement repris dans la sphère politique, tend à accréditer
l'idée du début d'une nouvelle révolution technique et
économique, fondée sur les potentialités du réseau
Internet, et dont l'impact sur la productivité et la croissance (en particulier
dans les services) pourrait se comparer à celui des "grandes"
révolutions industrielles du passé. Gadrey (2000) a tenté
de faire la part des choses, en montrant le caractère largement mythique
d'un tel discours, mais en identifiant aussi sa part de vérité
et le besoin d'innovations conceptuelles pour représenter la croissance
et la productivité dans une économie dominée par la production
et l'échange d'informations et de connaissances.Les spécificités
de l’innovation dans les services
Ce programme met l’accent tout d’abord sur les spécificités
de la nature de l’innovation. Cette spécificité de nature
peut être approchée de manière déductive ou inductive.
En effet, les caractéristiques théoriques des services (en particulier,
leur immatérialité, leur interactivité, etc.) sont des
idéaux-types qui permettent de formuler un certain nombre d’hypothèses
sur les spécificités de l’innovation dans les services.
Ainsi, en se contentant de ce seul cas, le caractère flou et “
dynamique ” de l’output entraîne un brouillage des frontières
entre les différentes catégories analytiques habituelles (produit,
process, organisation…), des difficultés de dénombrement,
des difficultés d’évaluation des impacts économiques
de l’innovation. Il facilite l’imitation. Par ailleurs, les travaux
empiriques (en particulier, dans le domaine des services “ purs ”)
permettent de mettre en évidence des formes particulières d’innovation,
qui échappent aux conception traditionnelles.
Mais la question des spécificités peut également être
déclinée et appliquée à d’autres dimensions
de l’innovation dans les services : son organisation, ses déterminants,
ses régimes d’appropriation, les dispositifs publics de soutien
à la recherche ou à l’innovation, etc.
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Spécificités de la forme et de la nature de l’innovation
Cette recherche des spécificités de la nature de l’innovation,
qui constitue une thématique encore féconde, est abordée
selon différentes perspectives : des constats statistiques, des études
de cas approfondies de formes d’innovation particulières, l’investigation
de terrains relativement nouveaux, l’examen critique de théories
locales de l’innovation, la remise en cause de taxonomies de l’innovation
existantes. Les trois premières perspectives mettent l’accent sur
l’analyse morphologique tandis que les deux dernières privilégient
l’analyse dynamique.
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Analyses morphologiques
Le renouvellement de ce sous-programme de recherche consacré à
la nature de l’innovation dans les services, s’effectue par un élargissement
méthodologique, un approfondissement thématique et un élargissement
sectoriel.
En ce qui concerne l’élargissement méthodologique, Djellal
et Gallouj (2002) proposent de tester et de tenter de généraliser
les résultats issus de travaux qualitatifs maintenant relativement nombreux,
en s’appuyant sur une enquête postale exploratoire. Ils rendent
compte de la nature de l’innovation dans les services selon différentes
perspectives : en s’appuyant, dans un premier temps, sur une typologie
prédéfinie (produit matériel et immatériel, process
matériel et immatériel, organisation, relation externe), en tentant,
ensuite, d’appréhender la nature de l’innovation par son
contenu technologique, son degré de nouveauté, les modalités
de l’innovation de produit. On constate ainsi que l’innovation dans
les services ne se réduit pas aux dimensions technologiques de cette
activité et que des formes particulières d’innovation peuvent
être mises en évidence (innovation ad hoc, innovation sur mesure,
innovation de formalisation, innovation de recombinaison, etc.).
En ce qui concerne l’approfondissement thématique, on retiendra
les travaux de Barreau (2002) consacrés à la notion d’innovation
sociale dans les services. Cette notion d’innovation sociale (définie
comme “ le processus qui consiste à modifier les règles
de coordination et d’incitation, sur la base de négociations sociales
et de compromis formels et informels ”) est confrontée aux formes
plus traditionnelles d’innovation à savoir l’innovation technique
et l’innovation organisationnelle. L’auteur tente ainsi d’examiner
dans quelle mesure les nouvelles approches économiques du changement
technique et organisationnel peuvent être transposées à
l’innovation sociale. Les champs d’investigations retenus sont les
services publics et en particulier La Poste, France Télécom, La
gendarmerie nationale, l’hôpital public. L’auteur tire la
conclusion que sous l’angle de l’innovation sociale, les activités
de service et notamment de service public font preuve d’une “ inventivité
” particulière (plus élevée que celle du secteur
privé). Or, l’innovation sociale, tout comme l’innovation
technologique, contribue à l’accroissement de la performance des
firmes et des organisations.
L’élargissement sectoriel est opéré en particulier
par Caccomo et Solonadrasana (2001), qui consacrent un ouvrage aux spécificités
de l’innovation dans une activité insuffisamment étudiée
de ce point de vue à savoir « l’industrie touristique ».
Toute la difficulté de l’analyse de l’innovation dans cette
activité tient au fait que le bien touristique est un bien composite
articulant, d’une part, des biens complexes qui se définissent
comme des séquences temporelles de biens et de services marchands (transport,
hébergement, restauration, animations et visites), et, d’autre
part, des biens et services publics (patrimoine et sites naturels, infrastructures
sanitaires, de transport et de signalisation, offices du tourisme).
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Analyses dynamiques
On associe dans ce sous-programme deux groupes de travaux réunis par
leur volonté de réévaluation des théories de la
dynamique l’innovation : le premier est consacré à une critique
des théories de la dynamique de l’innovation commerciale ; le second
à une critique et à un enrichissement des taxonomies des trajectoires
technologiques sectorielles, d’inspiration évolutionniste.
La grande distribution est un secteur qui, en particulier dans le domaine des
sciences de gestion, dispose d’un certain nombre de théories “
locales ” (c’est-à-dire spécifiques à ce secteur
particulier) de l’innovation. C. Gallouj (2002) examine ces différentes
théories (en particulier les théories des cycles) et met en évidence
leur incapacité à rendre compte de la diversité des formes
de l’innovation dans la grande distribution. Il explore ainsi d’une
manière détaillée la multiplicité des formes de
l’innovation dans la grande distribution, montrant ainsi que si l’introduction,
voire la production de systèmes techniques y sont importants, ils n’épuisent
pas, loin de là, le potentiel d’innovation dans ce type d’activités.
Ainsi, ces théories locales, qui ont l’intérêt de
poser la question de l’innovation dans les services dans sa dynamique
et non pas seulement dans sa morphologie souffrent des mêmes limites que
des théories à prétention plus générale,
comme la théorie du cycle de vie inversé de Barras (1986) .
Un certain nombre de travaux s’inscrivent dans une perspective évolutionniste
pour envisager l’innovation dans les services dans sa diversité
et dans sa dynamique. En effet, les taxonomies évolutionnistes du changement
technique associent à des firmes ou secteurs donnés des comportements
(ou trajectoires) technologiques-types. Ces taxonomies constituent un pas en
avant important dans la compréhension des phénomènes technologiques,
mais elles réduisent ou sous-estiment, en particulier dans les services,
le degré de variété des comportements d’innovation.
Ainsi selon Pavitt (1984), les services ont un comportement d’innovation
homogène : celui des firmes « supplier dominated ». La taxonomie
de Soete et Miozzo (1990), qui est quant à elle spécialement élaborée
pour les services, met en lumière une plus grande diversité de
trajectoires. Mais tout comme celle de Pavitt, elle ne rend compte que des trajectoires
technologiques. Une approche fonctionnelle du « produit », tout
en demeurant cohérente avec les hypothèses évolutionnistes,
permet d’envisager de nouveaux comportements ou trajectoires d’innovation
et de rompre à la fois avec le déterminisme technologique des
taxonomies traditionnelles et le caractère univoque des relations entre
secteurs d’activité et catégories de la taxonomie. En s’appuyant
sur une décomposition fonctionnelle du service, resituée dans
le cadre des compétences mobilisées et des fonctions ou caractéristiques
de services finales, Gallouj (1999), Djellal (2001a, 2001b) introduisent de
la variété à différents niveaux : en statique, dans
les formes et la nature de l’innovation; en dynamique, à la fois
dans la multiplicité des trajectoires, c’est-à-dire dans
l’évolution de ces innovations et dans la multiplicité des
relations possibles entre ces trajectoires.
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Spécificités de la dynamique de la régulation économique
et de l’intervention publique
La nature particulière de l’innovation dans les services a des
conséquences sur la régulation économique et sur les politiques
publiques d’encadrement.
Barcet et Bonamy (2002) introduisent ainsi une réflexion sur les spécificités
de la dynamique de la régulation économique pour l’innovation
dans les services. Selon ces auteurs, les services jouent un rôle important
dans la dynamique économique actuelle, mais les conditions macroéconomiques
de leur réussite sont rarement envisagées. En retenant trois formes
d’innovation de service (l’innovation de service complémentaire
à l’offre de biens, l’innovation de service liée au
développement des technologies de l’information, l’innovation
dans les services de proximité), ils montrent que des mutations des conditions
macroéconomiques sont nécessaires pour que les innovations de
service trouvent leur efficacité économique et sociale. «
Elles concernent les problèmes de reconnaissance institutionnelle de
ce type d’innovation (ce qui suppose une identification et surtout des
critères clairs d’évaluation), les problèmes de temporalité
(dans le sens où l’innovation de service implique de nouvelles
logiques dans l’utilisation du temps individuel ou social), les problèmes
d’apprentissage (notamment au niveau collectif) et les problèmes
de monétarisation d’une sphère économique peu développée
et souvent non marchande (cette monétarisation laisse supposer des modes
de financement eux-mêmes innovants).
L’ouvrage de Françoise Warrant (2001) complète la réflexion
précédente. Il est consacré à la manière
dont les pouvoirs publics peuvent favoriser l’innovation dans les services.
L’auteur examine les conséquences des spécificités
des services sur leur capacité d’innovation et sur les dispositifs
de l’innovation dans les services. Elle présente également
un bilan des principaux dispositifs publics de soutien à l’innovation
dans les services. Elle en évalue l’efficacité et propose
un certain nombre de recommandations.
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Spécificités des modes d’organisation et de gestion de l’innovation
Plusieurs publications envisagent les conséquences des spécificités
des services et de l’innovation dans les services sur le management de
l’innovation dans les organisations de service. On peut distinguer ici
des travaux économiques centrés sur le constat de la diversité
des modèles d’organisation de l’innovation et les travaux
gestionnaires cherchant à proposer des méthodes efficaces de management
adaptées à l’innovation dans les services.
Sundbo et Gallouj (1999), Djellal et Gallouj (2001) rendent compte, à
travers des travaux qualitatifs et des enquêtes statistiques, des modalités
de l’organisation des processus d’innovation. Dans leurs travaux,
les différentes thématiques suivantes sont abordées : les
sources de l’information, les acteurs internes et externes de l’innovation,
les coûts des projets, la réalisation d’une activité
de R-D, les systèmes de protection de l’innovation. Les données
statistiques sont utilisées pour tester la validité d’un
certain nombre de modèles théoriques d’organisation de l’innovation,
en particulier le modèle des professionnels associés, le modèle
managérial, le modèle industriel traditionnel, le modèle
néo-industriel, le modèle entrepreneurial et le modèle
artisanal.
Jean-Paul Flipo (2001) s’intéresse également aux spécificités
de l’innovation dans les services (qu’il s’agisse des activités
appartenant au secteur tertiaire ou du service intra-industriel). Il s’appuie
cependant sur ces spécificités pour proposer aux organisations
des méthodes de gestion efficace de cette innovation. Cette question
est également abordée, en particulier, par la présentation
d’un certain nombre d’études de cas d’entreprises de
services innovantes, dans un ouvrage collectif publié en 1999 par l’ANRT
(Association Nationale de la Recherche Technique) et dans l’ouvrage de
Dumont (2001).
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L’intégration des biens et des services dans le traitement de la
problématique de l’innovation
L’hypothèse qui est faite ici est celle d’une convergence
entre biens et services dans la mesure où l’on assisterait, d’une
part, à une montée en puissance du service et de la relation de
service comme mode de coordination entre agents économiques partout,
dans le secteur industriel, mais aussi dans le secteur agricole, et, d’autre
part, à une “ industrialisation ” de certains services, qui
recouvre en réalité (de manière sans doute impropre) deux
processus différents : l’un de rationalisation professionnelle,
l’autre de rationalisation industrielle (Gadrey, 1994) . Autrement dit,
les spécificités des services mises en évidence dans le
programme précédent n’en seraient pas véritablement
et les efforts consentis pour mieux comprendre l’innovation dans les services
(leur nature, leur mode d’organisation) ne sont pas un facteur de divergence,
mais au contraire un facteur de convergence : l’innovation industrielle
devrait elle aussi être mieux comprise in fine.
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Un brouillage des frontières sectorielles
Un certain nombre de contributions sont consacrées aux brouillages des
frontières entre les secteurs et quant à la nature des “
produits ” (Barcet et Bonamy, 1999). Certains travaux (Broussolle, 2001)
montrent que les NTIC (en tant que système technique partagé par
l’industrie et les service) contribuent à ce « brouillage
». L’idée générale qui est défendue
est celle selon laquelle la valeur de nombreux biens (industriels et agricoles)
est alimentée par les services et l’innovation dans les services.
L’idée n’est pas nouvelle, mais elle est enrichie d’études
de cas suggestives. Nahon et Nefussi (2002) par exemple rompent avec l’idée
d’un produit agricole réduit à sa dimension matérielle
et mettent en évidence la “ richesse en services ” du produit
agricole. Ils montrent également dans quelle mesure l’innovation
dans l’activité agricole passe de plus en plus par les services.
Une étude de cas très fine est consacrée au cas de la pomme
de terre de consommation qui constitue un champ d’innovation étonnant,
qui s’appuie sur les services et le contenu en service.
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Une construction théorique de l’intégration
Le constat du brouillage des frontières conduit naturellement à
une réflexion théorique visant à proposer des grilles de
lecture intégratrices. Cette perspective n’est pas nouvelle puisqu’elle
est déjà présente dans les travaux de Barcet Bonamy et
Mayère (1987) en France et Belleflamme, Houard et Michaux (1986) en Belgique.
Dans un ouvrage récent, F. Gallouj (2002a) réexploite cette perspective
théorique en s’appuyant sur une représentation lancastérienne
du produit (adaptée aux services) associée à une grille
conventionnaliste en termes de mondes de production. Il définit le produit
(qu’il s’agisse d’un bien ou d’un service) comme la
mise en relation de vecteurs de caractéristiques (caractéristiques
techniques, de process, de service, compétences). L’innovation
est alors envisagée comme une dynamique des caractéristiques,
qui s’opère selon une arithmétique simple : addition, soustraction,
association, dissociation, formatage de caractéristiques.
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Le rôle des services dans l’innovation de leur client
Ce programme explore l’hypothèse d’un certain renversement
du rapport de force entre le secteur industriel et le secteur des services.
Certains services (en particulier les services intensifs en connaissances, et
notamment l’ingénierie et le conseil) jouent un rôle extrêmement
important dans l’innovation de leurs clients. Ils sont décrits
comme des machines à traiter et à produire de la connaissance.
Ils occupent ainsi une place importante dans les processus d’apprentissage
interactifs des firmes et contribuent à des innovations qui couvrent
l’ensemble du spectre des fonctions de l’entreprise : fonctions
technologiques, juridiques, commerciales, etc. Ce programme de recherche permet
ainsi d’articuler deux champs problématiques de la théorie
économique : celui de la connaissance et celui des services. Il est possible
de diviser ce programme en deux, l’un centré exclusivement sur
le rôle des services dans l’innovation de leur client, l’autre,
plus général, consacré à l’analyse de la «
fonction de production » des SIC et plus généralement à
l’économie fondée sur la connaissance.
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Le rôle des services dans l’innovation de leur client
Ce programme met l’accent sur la contribution de certaines activités
de service à l’innovation dans d’autres secteurs économiques.
Ainsi, Quynh Delaunay (2000, 2002) définit le design industriel comme
un “ service d’aide à l’innovation et à la réalisation
de produit et de service ”, dont l’apport est fondamental dans une
économie où la compréhension des usages et des rapports
sociaux d’usage est tout aussi importante que les performances techniques
et économiques. Elle accompagne sa réflexion sur la nature de
cette activité (de ce produit) par une analyse fine des prestataires,
de leur organisation et des outils qu’ils mobilisent. Muller (1999) examine
cette thématique dans le cas particulier des liens entre SIC et PME manufacturières,
et il identifie un cercle vertueux associant les processus d’innovation
des firmes de SIC et ceux des PME industrielles. Ce cercle vertueux s’explique
par le caractère fondamentalement interactif des processus d’innovation
et par la « contamination positive » réciproque des bases
de connaissances des firmes de SIC et des PME industrielles. Dans le prolongement
des modèles d’innovation entrepreneuriale et monopoliste formalisés
par Schumpeter, F. Gallouj (2002b) propose un nouveau modèle d’innovation
intitulé : le modèle d’innovation interactionnelle. Ce modèle
microéconomique qui renvoie, au niveau macroéconomique, aux rôles
de certains services dans les systèmes nationaux d’innovation articule
les quatre éléments suivants : les différentes composantes
du processus d’innovation sur lesquelles le prestataire peut être
amené à intervenir ; les fonctions de l’entreprise cliente
supports de l’activité d’innovation ; le degré d’implication
du prestataire (et du client) dans l’innovation (degré de coproduction)
; les formes cognitives de l’intervention du prestataire dans le traitement
et la production de connaissances. Ce travail met ainsi en évidence un
certain nombre de configurations parmi lesquelles la configuration standard
(définie par l’absence d’interaction et le caractère
mécaniste du transfert de technologie) n’est qu’un cas limite.
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Les SIC et les activités informationnelles comme machines à traiter
de la connaissance
La thématique du rôle des services dans l’innovation de leur
client ne constitue en réalité qu’un cas particulier d’une
réflexion plus générale consacrée à l’activité
des firmes de services intensives en connaissances (SIC). Les firmes de SIC
peuvent être envisagées comme des organismes dont l’information
et la connaissance sont à la fois l’input et l’output principal,
et il est important sur le plan théorique de distinguer ce qui relève
de l’activité routinière de traitement de la connaissance
et ce qui relève de l’innovation. Gallouj (2002b) met en évidence
les différents mécanismes élémentaires de traitement
de la connaissance au sein des firmes de SIC (qu’il s’agisse de
modifier les caractéristiques spatiales, la forme, l’étendue
ou l’architecture des connaissances), conforte une conception de la firme
comme “ processeur de connaissances ”.
De Bandt et Dibiaggio (2002) élargissent davantage cette réflexion
en s’intéressant aux activités informationnelles envisagées
comme « co-production de connaissances et de valeurs ». L’ancien
paradigme industriel ne parvient pas à rendre compte de manière
satisfaisante de ces activités et en particulier de leur performance.
Il est par conséquent nécessaire d’envisager un nouveau
paradigme, dont l’élément central serait le rôle de
la connaissance dans la production et dans la création de valeur. La
capacité de produire des connaissances (de différents types et
selon des modèles organisationnels différents) pour répondre
à des problèmes est ainsi au cœur de l’analyse proposée
par De Bandt et Dibiaggio . Ces auteurs distinguent trois contextes qui influencent
la nature du processus cognitif mis en œuvre : les situations simples,
les situations de résolution de problèmes et les situations complexes.
Dans les deux premiers cas, mais surtout dans le cas des situations simples,
les NTIC contribuent à une notable amélioration de l’efficacité
de la production de connaissances ; dans le troisième cas, celui de la
spécificité de contextes, du sur mesure et de la complexité,
la co-production de connaissances, dans le cadre d’une relation de services,
est l’élément central.
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Les indicateurs de l’innovation
Ce programme est étroitement lié à chacun des programmes
précédents. Derrière les questions théoriques se
cachent en effet aussi des questions de mesure. Ce programme de recherche concerne
en particulier les pouvoirs publics et les institutions statistiques nationales
et internationales. Les outils de mesure de l’innovation dans les services
utilisés par les institutions statistiques nationales et internationales
soulèvent de nombreuses difficultés. Une partie non négligeable
de l’activité d’innovation et de R-D leur échappe.
Les deux principaux manuels de l’OCDE : le manuel d’Oslo et le manuel
de Frascati sont ainsi confrontés aux résultats des programmes
de recherche précédents et des révisions sont envisagées
afin de mieux tenir compte de l’innovation et de la R-D dans les services.
En effet, les indicateurs du manuel d’Oslo ne permettent de saisir que
l’innovation technologique (Djellal, Gallouj, 2000), et le manuel de Frascati
n’est pas en mesure de rendre en compte de la totalité des activités
de R-D dans les services qui ont souvent une nature composite, mêlant
des aspects de sciences et techniques, de sciences humaines et sociales, d’ingénierie
organisationnelle, etc. (Djellal, Gallouj et Gallouj, 2001).
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Conclusion
Si, pendant très longtemps, l’association des termes « service
» et « innovation » a pu paraître incongrue (le service
renvoyant aux images négatives de la servitude et des services publics)
; tel n’est plus le cas désormais. Les services et l’innovation
ne sont pas deux phénomènes contemporains majeurs, concomitants,
mais fondamentalement étrangers l’un à l’autre. Bien
au contraire, les entreprises et les organisations de services sont le lieu
d’efforts de Recherche-Développement et d’innovation considérables,
qui sont à la mesure de leur contribution à la richesse nationale.
La croissance tertiaire ne constitue donc pas un défi à la thèse
des « vagues de destructions créatrices » de Schumpeter selon
laquelle les entreprises et les secteurs non innovants disparaissent au profit
des entreprises et des secteurs qui introduisent de nouvelles « combinaisons
productives ». Elle en est peut-être tout simplement une nouvelle
illustration.
Cependant, pour prendre toute la mesure des efforts d’innovation dans
les services, l’analyse (qu’elle soit économique, sociologique
ou gestionnaire) doit elle-même consentir certains efforts d’adaptation
voire d’innovation conceptuelle et méthodologique. Les outils d’analyse
traditionnels ne sont pas toujours en mesure de rendre compte de la nouvelle
économie des services et de la connaissance. Ils contribuent, dans une
certaine mesure, à « verrouiller » nos analyses dans ce que
les sciences de l’organisation appellent, de manière métaphorique,
une « trappe de compétences ». Bien entendu, cette nécessité
d’innovation conceptuelle se traduit par la nécessité de
l’adaptation des dispositifs concrets de mesure. Les efforts des chercheurs
convergent ainsi et s’entrecroisent avec ceux des institutions statistiques
nationales et internationales. C’est ainsi, par exemple, que la plupart
des manuels de l’OCDE qui fixent les directives en matière de définition
et de mesure de la R-D et de l’innovation ont été récemment
révisés à la lumière de la nouvelle économie
des services et de la connaissance, ou sont en passe de l’être :
le manuel de Frascati des indicateurs de R-D est ainsi en cours de révision,
le manuel d’Oslo consacré aux indicateurs de l’innovation
technologique l’a été en 1997 et un projet de révision
du manuel « brevets » est en cours.
Il est important néanmoins de reconnaître que la dynamique des
services et celle des autres secteurs de l’économie sont caractérisées
par une semblable dialectique de convergence et de divergence. Cette dialectique
se traduit ainsi, par exemple, par une certaine universalité de la «
dimension service » ou de la relation de service ou encore de la «
servuction », qui déborde les frontières sectorielles pour
s’insinuer au cœur de la production industrielle, mais aussi de la
production agricole (l’exemple de la pomme de terre, évoqué
dans cette note est très édifiant), et y ouvrir la voie à
des formes d’innovations nouvelles (produits et process immatériels,
innovation sur mesure, innovation ad hoc) ainsi qu’à des modes
nouveaux d’organisation et d’incitation de l’innovation. Cette
dialectique se traduit également par l’universalité des
nouvelles technologies de l’information et des communications (NTIC),
qui introduisent dans les services des points d’ancrage matériels,
qui facilitent sinon une certaine forme d’industrialisation de la prestation
du moins de « rationalisation industrielle », qui les rattache aux
formes traditionnelles d’innovation sans pour autant écarter l’existence
de spécificités de nature. Ainsi, l’effort des chercheurs
doit-il se porter à la fois sur la recherche de spécificités
éventuelles, mais aussi sur l’intégration des analyses de
l’innovation, c’est-à-dire sur la construction de modèles
théoriques généraux indépendants des contextes sectoriels.
Les travaux français de ces trois dernières années participent
de cette stratégie générale de recherche.
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